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Buffalo Bill, Tom Mix et Hollywood: la mythification du chapeau de cowboy

Buffalo Bill, Tom Mix et Hollywood:
La mythification du chapeau de cowboy

Si le Stetson a conquis l'Ouest par sa fonctionnalité, c'est le spectacle et le cinéma qui l'ont transformé en symbole universel. En moins d'un demi-siècle, le chapeau de cowboy est passé d'un outil de travail porté par les éleveurs à l'icône culturelle la plus reconnaissable de l'identité américaine, et ce glissement doit tout à quelques personnalités hors du commun et à la puissance de l'image.



Buffalo Bill et les Wild West Shows : le chapeau devient spectacle

Le Stetson reçut un coup d'accélérateur considérable dans les années 1880 grâce à William Frederick « Buffalo Bill » Cody (1846–1917). Cody était déjà un adepte des Stetson personnalisés, qu'il portait sur scène dès le début des années 1870 dans des productions théâtrales itinérantes organisées par le romancier populaire Ned Buntline. Le National Cowboy & Western Heritage Museum (Oklahoma City, Oklahoma) décrit ainsi son entrée en scène : Cody arrivait à cheval au galop, vêtu d'une veste à franges, de bottes noires montantes, de gants perlés, et coiffé d'un Stetson surdimensionné qu'il agitait en saluant la foule d'un geste ample, déclenchant à chaque fois une standing ovation.


Lorsqu'il lança son propre Buffalo Bill's Wild West le 19 mai 1883 à Omaha, dans le Nebraska, son image coiffée d'un Stetson fut placardée sur des affiches, de San Francisco à la Saxe (Allemagne). Pour Stetson, c'était une publicité inestimable, et entièrement gratuite. Comme l'a noté HistoryNet, le portail américain d'histoire qui publie notamment Wild West Magazine, Stetson « ne pouvait pas acheter meilleure publicité ». Les Wild West Shows tournèrent pendant près de trente ans, avec des représentations devant les têtes couronnées d'Europe, et contribuèrent de façon décisive à transformer le chapeau de cowboy d'un outil de travail en un symbole culturel mondial.


D'un Stetson de Buffalo Bill ayant survécu, vendu aux enchères avec sa provenance documentée, on sait qu'il était fabriqué en fourrure de nutria (coypu), avec un bord de 15,5 pouces (environ 39 cm) de diamètre : des proportions spectaculaires, conçues pour être vues depuis les gradins les plus éloignés.


Annie Oakley : le Stetson au féminin

Annie Oakley (1860–1926), surnommée « Little Sure Shot » par le chef sioux Sitting Bull, rejoignit le spectacle de Buffalo Bill en 1884 et y resta dix-sept ans. Sur les photographies publicitaires et les affiches du spectacle, elle est systématiquement coiffée de son Stetson à bord relevé, orné d'une étoile en métal, probablement l'une de ses nombreuses récompenses de tir. Oakley fut l'une des premières femmes à faire du Stetson un accessoire féminin autant que masculin, ouvrant la voie à des générations de cowgirls.


Les cowgirls du 101 Ranch : le chapeau au féminin pluriel

Le spectacle de Buffalo Bill n'était pas le seul à mettre en scène des femmes coiffées de Stetson. Le Miller Brothers' 101 Ranch Real Wild West, basé près de Ponca City, Oklahoma, employait toute une troupe de cowgirls que les programmes décrivaient comme « le plus effronté, le plus joyeux et le plus charmant rassemblement de féminité ayant jamais galopé ». Parmi elles, « Buckskin Bessie » Herberg (1896–?), née Betty Herberg dans le comté de Pipestone, au Minnesota, rejoignit le spectacle à l'âge de 16 ans en 1911 et devint l'une de ses vedettes, réalisant des acrobaties avec son cheval Happy, toujours coiffée de son Stetson et vêtue de daim, d'où son surnom. Une photo publicitaire autographiée de 1916, conservée au Buffalo Bill Center of the West (Cody, Wyoming), la montre dans son Stetson caractéristique.


Une autre figure marquante fut Jackie Laird (Mary Ellen Laird), qui avait fugué de chez elle à onze ans pour rejoindre un cirque comme cavalière acrobatique. Elle intégra le 101 Ranch à vingt-trois ans et y devint la meneuse de la troupe de cowgirls pendant douze ans. Elle portait en permanence son Stetson à large bord, accompagné d'une jupe en daim, d'une blouse en soie et de bottes faites main. Son numéro le plus célèbre consistait à bondir d'un cheval à l'autre entre quatre montures lancées au galop autour de l'arène.


Bill Pickett : le cowboy noir que Hollywood a oublié

Le 101 Ranch comptait aussi parmi ses vedettes Bill Pickett (1870–1932), cowboy afro-américain né dans le comté de Williamson, Texas, inventeur du bulldogging (steer wrestling) : une technique consistant à saisir un bouvillon par les cornes et à le plaquer au sol par la morsure de la lèvre, inspirée des chiens de troupeau. Pickett rejoignit le 101 Ranch vers 1905 et y devint l'une des attractions principales, toujours coiffé de son Stetson. En 1921, il apparut dans le film The Bull-Dogger : l'un des tout premiers films mettant en scène un cowboy noir. Intronisé au National Rodeo Hall of Fame en 1972 (le premier Afro-Américain à recevoir cet honneur), Pickett incarne un pan entier de l'histoire du chapeau de cowboy que le cinéma hollywoodien a systématiquement effacé.



Tom Mix : le chapeau qui a inventé Hollywood

L'avènement du cinéma muet amplifia la légende du chapeau de cowboy à une échelle sans précédent. Tom Mix (1880–1940), né à Mix Run, Pennsylvanie (sous le nom de Thomas Edwin Mix selon les registres d'état civil, même s'il se présenta toute sa vie comme Thomas Hezikiah Mix), fut la première grande star des westerns hollywoodiens et, selon la Smithsonian Institution (Washington, D.C.), celui qui eut « la plus grande influence sur le vêtement western avant 1930 ».


En près de 300 films (les sources varient entre 270 selon les filmographies détaillées et plus de 300 selon la Smithsonian Institution et Stetson, la différence s'expliquant par l'inclusion ou non des courts métrages [one-reelers] d'une quinzaine de minutes), Mix imposa un style flamboyant qui tranchait radicalement avec le cowboy authentique : costumes croisés élaborés, cascades spectaculaires qu'il réalisait lui-même, et surtout un Stetson blanc surdimensionné à couronne très haute qui devint sa marque de fabrique absolue.


Mix était si indissociable de son chapeau que la John B. Stetson Company prit une décision inédite : elle baptisa un modèle de chapeau à son nom, le « Tom Mix », un style à couronne haute en pointe (high-peaked) et bord extra-large qui reste au catalogue Stetson aujourd'hui. Le chapeau original de Tom Mix est conservé au National Museum of American History de la Smithsonian Institution (Washington, D.C.), où il est décrit comme un Stetson « dix gallons » fabriqué entre 1910 et 1930.


L'origine du « ten-gallon hat »

C'est le chapeau de Tom Mix qui popularisa dans les années 1920 l'expression « ten-gallon hat » (chapeau dix gallons). L'origine de cette expression fait encore débat parmi les historiens. L'explication la plus courante (un chapeau pouvant contenir dix gallons d'eau) est en réalité un mythe : même le plus grand des chapeaux ne peut contenir que quelques litres. La plupart des spécialistes estiment que le terme dérive de l'espagnol « galón » (galon, tresse), en référence aux tresses décoratives (galones) que les vaqueros fixaient sur la bande de leur sombrero : un chapeau orné de dix galones étant un sombrero particulièrement élégant. Une autre hypothèse propose une corruption de l'expression espagnole « tan galán » (« très élégant ») utilisée pour décrire l'allure majestueuse d'un cavalier coiffé de son chapeau.


William S. Hart : le réalisme face au spectacle

Il serait injuste de ne pas mentionner William S. Hart (1864–1946), l'autre grande figure du western muet, qui offrait un contrepoint réaliste au flamboyant Tom Mix. Né un an avant la fondation de la Stetson Company, Hart comptait parmi ses amis de véritables figures de l'Ouest, dont Bat Masterson et Wyatt Earp. Contrairement à Mix, Hart portait des Stetson sobres et authentiques, plus proches de ce que portaient les vrais cowboys. Comme l'a noté HistoryNet, Hart était « réputé pour ses portraits précis de personnages de l'Ouest » : un réalisme qui s'étendait jusqu'au choix de son chapeau.



L'âge d'or du western : le chapeau conquiert la planète

D'autres stars du muet, comme Tim McCoy, contribuèrent à populariser le chapeau de cowboy surdimensionné qui, bien qu'impraticable pour un vrai cowboy, devint le symbole hollywoodien du Far West.


L'arrivée du cinéma parlant dans les années 1930 ouvrit une nouvelle ère. Gene Autry (1907–1998), le « Singing Cowboy », fut le premier à fusionner le western et la musique country à l'écran, toujours coiffé de son Stetson blanc immaculé. Roy Rogers (1911–1998), le « King of the Cowboys », et son épouse Dale Evans (1912–2001) portaient tous deux des Stetson, contribuant, comme Annie Oakley avant eux, à faire du chapeau de cowboy un accessoire mixte.


Puis vint John Wayne (1907–1979), dont la silhouette massive surmontée d'un Stetson devint l'une des images les plus reproduites du XXᵉ siècle. Wayne porta le chapeau de cowboy dans plus de 80 westerns sur une carrière de cinquante ans, du muet (The Big Trail, 1930) aux classiques tardifs (True Grit, 1969). Son influence fut telle que le chapeau de cowboy devint, dans l'esprit de millions de spectateurs à travers le monde, non plus un objet fonctionnel mais un attribut héroïque : le signe visible d'un homme courageux, indépendant et juste.


L'âge d'or du western (des années 1940 aux années 1960) fit du chapeau de cowboy un objet de fascination planétaire. Des millions de spectateurs, de Tokyo à Paris, associèrent pour toujours le large bord et la haute couronne à l'aventure, à la liberté et à l'esprit pionnier. Le cinéma avait accompli ce que ni les catalogues Stetson ni les rodéos n'avaient pu faire seuls : transformer un couvre-chef utilitaire en mythe fondateur.



Le code des couleurs : chapeaux blancs et chapeaux noirs

Hollywood inventa également un langage visuel du chapeau qui n'avait aucun fondement historique mais qui marqua profondément l'imaginaire collectif. Dans les westerns de série B des années 1930 à 1950, un code non écrit s'imposa : le héros portait un chapeau blanc (Gene Autry, Roy Rogers, le Lone Ranger), tandis que le vilain portait un chapeau noir. Ce code chromatique, d'une simplicité enfantine, permettait aux spectateurs d'identifier instantanément les « bons » et les « méchants », même dans les salles de cinéma mal éclairées de l'Amérique rurale.


Cette convention, purement hollywoodienne, a tellement imprégné la culture populaire que l'expression « white hat / black hat » est passée dans le langage courant pour désigner, bien au-delà du cinéma, les forces du bien et du mal, y compris, aujourd'hui, dans le domaine de la cybersécurité, où les white hat hackers et les black hat hackers prolongent sans le savoir une tradition née dans les studios de Hollywood.

• National Museum of American History / Smithsonian Institution — « Tom Mix » Style Cowboy Hat »https://americanhistory.si.edu/collections/object/nmah_370469

• National Cowboy & Western Heritage Museum (Oklahoma City) — « Being Buffalo Bill: Man, Myth & Media »https://nationalcowboymuseum.org/explore/buffalo-bill-man-myth-media/

• Google Arts & Culture / National Museum of American History — « Western hat owned by Tom Mix »https://artsandculture.google.com/asset/western-hat-owned-by-tom-mix-john-b-stetson-company/qQEMs5uUMNC3Pg

• HistoryNet — « Stetson Invented the Cowboy Hat, Westerners Gave It Wings »https://historynet.com/cowboy-hats-history/

• Stetson Blog — « Tom Mix: Hollywood's First Cowboy »https://blog.stetson.com/tom-mix-stetson-history/

Stetson.com — « Tom Mix 6X Cowboy Hat »https://stetson.com/products/tom-mix-6x-cowboy-hat-silverbelly

• True West Magazine — « Buckskin Bessie Treasures »https://www.truewestmagazine.com/article/buckskin-bessie-treasures/

• Guthrie News Leader — « Western Memorabilia Show in Blackwell Features Cowgirls of the 101 Ranch »https://www.guthrienewsleader.net/news/western-memorabilia-show-blackwell-features-cowgirls-101-ranch

• Cowboys & Indians Magazine — « Stetson Hats' 150th Anniversary »https://www.cowboysindians.com/2015/09/stetsons-150th/

• University Auctions — « Buffalo Bill Personally Owned Stetson Fur Hat »https://www.universityarchives.com/auction-lot/buffalo-bill-personally-owned-stetson-fur-hat-pr_48b47fbab1

• Princeton University — « Buffalo Bill Cody »https://graphicarts.princeton.edu/2016/01/12/buffalo-bill-cody

• Wikipedia — « Tom Mix filmography » / « Boss of the Plains » / « Stetson »https://en.wikipedia.org/wiki/Tom_Mix_filmographyhttps://en.wikipedia.org/wiki/Boss_of_the_Plainshttps://en.wikipedia.org/wiki/Stetson


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