L'Histoire des danses western
Des salons élisabéthains aux pistes d'aujourd'hui

Un samedi soir, quelque part. Un plancher de bois, des bottes, un morceau qui démarre, et la piste se remplit. Personne, ce soir-là, ne pense à l'Angleterre d'Elizabeth Iʳᵉ, à un village de Bohême, à une salle de bal de Harlem ou à un ranch du Texas. Et pourtant, chacun de ces lieux est là, dans le pas qu'on vient de faire.
Car aucune de ces danses n'est née où on la danse. Elles sont arrivées par bateau, par vague migratoire, par hasard de la radio ou du cinéma. Elles ont changé de nom, de pays, de peuple. Une danse qu'on croit écossaise vient de Bohême ; une danse dite polonaise a été inventée à Paris par un Espagnol ; la danse la plus emblématique des honky-tonks blancs doit son geste fondateur à des musiciens noirs réduits en esclavage.
Rien, dans ce répertoire, n'est pur. Ce ne sont pas des traditions figées transmises intactes depuis le Vieux Continent : ce sont des hybrides, façonnés par ceux qui les dansaient, contraints par ce qu'ils avaient aux pieds. La botte de cowboy a modifié le pas de valse. Le plancher d'un dance hall bâti par des immigrants tchèques a modifié le two-step. À chaque frontière traversée (géographique, sociale, raciale), la danse a gagné quelque chose et perdu la trace de quelqu'un.
Les articles qui suivent remontent ce fil, danse après danse, des salons élisabéthains aux pistes d'aujourd'hui. Avec, chaque fois, la même question, la plus simple et la plus vertigineuse : d'où vient réellement ce qu'on danse ce soir ?



