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Les English Country Dances: le socle fondateur des danses western

Les English Country Dances:
le socle fondateur des danses western

Avant le two-step, avant le line dance, avant même le square dance, il y a eu les English Country Dances — des danses nées dans l'Angleterre du XVIᵉ siècle qui, en traversant l'Atlantique, allaient poser les fondations de toute la tradition de danse western américaine. Sans elles, rien de ce qui suivra — du Cotton-Eyed Joe au Boot Scootin' Boogie — n'aurait existé sous la forme qu'on connaît.


Naissance en Angleterre : la danse sous le règne d'Elizabeth I

L'"English country dance" a émergé comme un genre distinct sous le règne d'Elizabeth Iʳᵉ au XVIᵉ siècle. L'Angleterre élisabéthaine est une époque où la danse occupe une place considérable dans la vie sociale, de la cour royale jusqu'aux villages ruraux. Des maîtres de danse français et italiens importèrent des danses élégantes, majestueuses et énergiques à la cour d'Elizabeth Iʳᵉ, qui adorait danser. Cet art offrait un divertissement, encourageait l'interaction sociale et avait aussi une fonction diplomatique.


La reine elle-même était une danseuse passionnée. Sa passion pour les arts musicaux donna naissance à plusieurs générations de musiciens et de maîtres de danse célèbres qui créèrent toute une suite de danses régulièrement pratiquées par la noblesse comme par le peuple. En 1589, alors qu'elle avait 55 ans, un membre de sa cour rapportait qu'elle pratiquait encore six ou sept galliards chaque matin — une danse particulièrement athlétique et exigeante. Les archives de l'époque montrent que la country dance existait dès la fin du XVIᵉ siècle, quand des "old and new country dances" étaient appréciées à la cour.


Mais ces danses n'étaient pas réservées à l'aristocratie. Lors de la visite de la reine à Cowdray en août 1591, "les gens du pays se présentèrent à sa Majesté dans une danse agréable, avec tambourin et fifre, et les Lords Montague et sa Lady parmi eux, pour le grand plaisir de tous les spectateurs". Nobles et gens du peuple dansaient ensemble — un trait distinctif des English country dances qui les différenciait des danses de cour plus formelles du continent.


John Playford : l'homme qui a tout consigné

Le tournant décisif arrive en 1651. Le célèbre éditeur londonien John Playford produisit la première collection imprimée de country dances destinée à la vente, intitulée The English Dancing Master, qui contenait la musique et les instructions pour 105 danses. Le livre est un succès commercial immédiat. Plusieurs éditions mises à jour suivirent, et les ventes dépassaient fréquemment celles de tout autre livre, à l'exception de la Bible.


Mais Playford n'est pas le premier à avoir documenté ces danses. Le premier document connu contenant des square dances est le manuscrit Lovelace, aussi appelé "Pattricke manuscript" ; les danses y furent écrites à la main entre 1621 et 1649. Ce manuscrit contient 32 danses. 22 de ces danses sont liées à des danses publiées par Playford, mais dans ce document, les descriptions sont moins rigides, offrent des variations optionnelles et incluent des conseils de style qui donnent un aperçu précieux de la façon dont elles étaient réellement dansées.


Ce qui rend ces sources si importantes, c'est la variété des formations qu'elles documentent. Les country dances se présentaient dans une grande variété de formes : danses en carré pour deux ou quatre couples, danses en cercle, danses en colonne, et même danses en ligne. Parmi elles, les danses en formation carrée — les square dances — allaient connaître un destin tout particulier en Amérique.


L'ouvrage de Playford sera continuellement réédité pendant près de 80 ans. Playford lui-même, puis son fils Henry, puis son successeur John Young, produisirent au total 17 éditions entre 1651 et 1728, ajoutant ou retirant des danses au gré des modes. C'est une bibliothèque vivante de la danse sociale anglaise sur près d'un siècle.


La traversée de la Manche : quand la France s'en mêle

Les English country dances ne restent pas longtemps confinées à l'Angleterre. Le vendredi 27 octobre 1684, Isaac d'Orléans, un maître de danse anglais, enseigna au Roi-Soleil quelques danses de son pays. Les Français adoptent ces danses et les rebaptisent "contredanses" — un terme qui évoque les danseurs se faisant face (contre), mais qui est en réalité une francisation de "country dance".


Dans les années 1680, possiblement inspirés par l'English country dance et utilisant nombre de ses figures, les maîtres de danse français développèrent un autre type de country dance, qu'ils appelèrent contredanse. De cette adaptation française naissent deux formes qui joueront un rôle capital dans l'histoire américaine : le cotillon (cotillion) et le quadrille. Les Anglais adoptèrent rapidement le cotillon — une danse se faisant habituellement en carré de quatre couples. Les cotillons furent introduits en Amérique dans les années 1770.


Dans les années 1820, le quadrille — nouveau type de danse carrée française — était devenu la danse la plus populaire de la haute société en Amérique. Ce quadrille allait devenir l'une des sources majeures du square dance américain, aux côtés des English country dances en formation carrée et des reels écossais-irlandais.


La traversée de l'Atlantique : des salons londoniens aux granges américaines

Les danses de la cour comme les danses vernaculaires firent le voyage vers l'Amérique du Nord quand les colons arrivèrent en Nouvelle-Angleterre au XVIIᵉ siècle. En Nouvelle-Angleterre en particulier, la country dance était extrêmement populaire jusqu'au début des années 1800. Les Américains attendaient avec impatience les nouveaux livres de danse en provenance d'Angleterre ; ils écrivirent aussi leurs propres danses et publièrent leurs propres recueils.


En Virginie, la danse devint un pilier de la vie sociale coloniale. La danse était le passe-temps dominant des Virginiens coloniaux de toutes les classes, bien qu'elle fût une occupation spéciale de l'élite des planteurs. Être un danseur habile était une indication de bonne éducation. Un marché se développa pour les maîtres de danse professionnels qui devaient connaître les dernières danses venues d'Europe.


Mais l'Amérique n'est pas l'Angleterre. Sur les frontières intérieures, les colons des fermes dispersées se réunissaient souvent pour des festins exubérants et des danses sociales. Le formalisme des salons londoniens cède la place à une atmosphère plus libre et improvisée. On danse dans les granges, dans les maisons, dans les salles communes — avec les instruments qu'on a sous la main. C'est dans ce contexte que les English country dances commencent leur grande transformation américaine.


De l'English country dance à la danse western : la grande métamorphose

Le chemin qui mène de la country dance anglaise à la danse western passe par plusieurs étapes clés :


Le cotillon puis le quadrille français remplacent progressivement les longways dances anglaises dans les salles de bal américaines. Les cotillons remplacèrent largement l'English country dance dans les salons américains, honorant peut-être l'assistance fournie par la France dans la défaite des Britanniques pendant la Révolution américaine. La formation en carré du quadrille devient la base de ce qui deviendra le square dance.


La contra dance de Nouvelle-Angleterre préserve la formation en lignes parallèles de l'English country dance originale. L'English country dance et la contredanse française, arrivant indépendamment dans les colonies américaines, deviennent la contra dance de Nouvelle-Angleterre.


En Virginie et dans le Sud, la Virginia Reel survit comme danse populaire, étant pratiquement identique au "Sir Roger de Coverley" anglais.


Et dans les Appalaches et l'Ouest, toutes ces formes se mêlent aux traditions irlandaises, écossaises, africaines et amérindiennes pour donner naissance aux danses qui feront l'objet des prochains articles de cette série.


L'héritage : un ADN toujours présent

Les English country dances ont peut-être disparu en tant que pratique courante depuis le XIXᵉ siècle, remplacées par la valse, la polka et les danses de couple. L'intérêt pour l'English country dance atteignit son apogée à la fin du XVIIIᵉ siècle — l'époque décrite dans les romans de Jane Austen — puis s'effaça rapidement quand la danse sociale fut révolutionnée par l'introduction de nouvelles formes au début du XIXᵉ siècle.


Mais leur ADN est partout dans la danse western. Les formations en carré du square dance, le principe du caller qui annonce les figures, le do-si-do, la promenade, le right and left through — tout cela descend directement des figures documentées par Playford et ses successeurs. Quand vous voyez des danseurs tourner en carré dans un honky-tonk du Texas ou exécuter un grand square dans une compétition de square dance moderne, vous voyez les échos directs de danses pratiquées dans les salons élisabéthains il y a plus de quatre siècles.


Participer à une English country dance, c'est comme faire une promenade à travers l'histoire de la danse sociale et de la musique, depuis la cour d'Elizabeth Iʳᵉ jusqu'aux romans de Jane Austen, des colonies de Nouvelle-Angleterre à l'Amérique d'aujourd'hui. Et, pourrait-on ajouter, jusqu'aux dance halls du Texas et aux soirées country d'Europe — car le fil n'a jamais été rompu.

Naissance en Angleterre : la danse sous le règne d'Elizabeth I :


John Playford : l'homme qui a tout consigné :


La traversée de la Manche : quand la France s'en mêle :


La traversée de l'Atlantique : des salons londoniens aux granges américaines :


De l'English country dance à la danse western :


L'héritage :


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