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John B. Stetson et le Boss of the Plains : naissance d'une légende

John B. Stetson et le Boss of the Plains:
Naissance d'une légende

L'homme derrière le chapeau

John Batterson Stetson naît le 5 mai 1830 à Orange, dans le New Jersey. Il est l'un des douze enfants — le septième selon la plupart des sources historiques, bien que certaines indiquent le huitième — de Stephen Stetson, lui-même chapelier de métier et fondateur de la No Name Hat Company. Dès son jeune âge, John apprend les techniques de fabrication de chapeaux dans l'atelier paternel, mais sa vie bascule lorsqu'il est diagnostiqué tuberculeux dans les années 1850. Les médecins ne lui donnent que peu de temps à vivre.


Sur conseil médical, Stetson part vers l'Ouest dans l'espoir d'améliorer sa santé. Il s'installe dans le poste de commerce de St. Joseph, dans le Missouri, point de départ des expéditions vers les territoires de l'Ouest. En 1860, il se joint à une expédition vers Pike's Peak, dans le Colorado. C'est durant ce voyage qu'il observe les conditions de vie sur la Frontière — et surtout l'inadéquation totale des couvre-chefs portés par les chercheurs d'or, les éleveurs et les pionniers.


Stetson remarque également un groupe de Mexicains portant des sombreros en feutre, un matériau qui retient son attention de chapelier. Fort de cette inspiration et de son savoir-faire familial, il entreprend de créer un chapeau qui combinerait les avantages pratiques du sombrero avec les standards de fabrication du chapelier professionnel.


La création du Boss of the Plains

De retour à Philadelphie, Stetson fonde la John B. Stetson Company en 1865 grâce à 60 dollars empruntés à sa sœur aînée Louisa. Il loue un petit atelier au croisement de la 7e rue et de Callowhill Street, achète des outils et de la fourrure, et crée alors le modèle qui va tout changer : le « Boss of the Plains » — littéralement, le « patron des plaines ».


Ce premier chapeau possédait un design épuré : une couronne ronde de 4 pouces (environ 10 cm), sans pli ni creux, avec un bord plat pouvant atteindre 3¾ pouces (environ 9,5 cm). Le tout était fabriqué en feutre de fourrure — castor, lapin et autres petits animaux — ce qui le rendait à la fois léger, imperméable et remarquablement durable. Un ruban de transpiration intérieur protégeait le chapeau, tandis qu'un cordon de chapeau permettait d'ajuster la taille.


La légende raconte qu'un muletier de passage fut tellement impressionné par le prototype que Stetson portait lors de ses voyages qu'il lui proposa une pièce d'or de cinq dollars pour l'acquérir sur-le-champ. Ce fut le déclic entrepreneurial.


Un succès fulgurant : le Stetson conquiert l'Ouest

Stetson adopta une stratégie commerciale redoutablement efficace : il envoya des échantillons du Boss of the Plains accompagnés de bons de commande vierges à tous les détaillants de l'Ouest qu'il put identifier. Les commandes affluèrent de tous les coins de la Frontière.


Les Texas Rangers furent parmi les premiers à adopter le Stetson. Ils découvrirent rapidement que le chapeau, au-delà de sa fonction première de protection contre les éléments, pouvait servir à boire de l'eau, attiser un feu de camp, aveugler un cheval rétif, éteindre un feu de prairie, frapper un bouvillon récalcitrant, et même servir de cible lors d'un duel. Il pouvait aussi être brossé pour les occasions élégantes. Cette polyvalence extraordinaire en fit l'accessoire indispensable du cowboy.


En 1886, la Stetson Company était devenue la plus grande fabrique de chapeaux au monde. L'usine de Philadelphie, entièrement mécanisée, s'étendait sur 9 acres (plus de 3,5 hectares). En 1906, année de la mort de John B. Stetson à DeLand, en Floride, la production atteignait près de 2 millions de chapeaux par an. En 1915, l'usine employait 5 400 ouvriers et produisait 3,3 millions de chapeaux annuellement.


Stetson fut également un industriel visionnaire et paternaliste. Il instaura des pensions, un partage des bénéfices et des primes de Noël généreuses pour fidéliser ses ouvriers — à une époque où les chapeliers étaient traditionnellement des travailleurs itinérants. Son usine abritait une bibliothèque, un cabinet dentaire, un hôpital et un auditorium de 5 500 places. Il finança des écoles, des soupes populaires et contribua à la fondation de l'Université Stetson à DeLand, en Floride.


L'évolution des formes : du Boss of the Plains aux styles régionaux

Le Boss of the Plains original sortait de l'usine sans aucun pli ni creux — c'était une toile vierge. Ce sont les cowboys eux-mêmes qui façonnèrent progressivement le chapeau selon leurs besoins, leurs goûts et les conditions climatiques de leur région. Avec le temps, des styles régionaux distinctifs émergèrent, au point qu'un connaisseur pouvait identifier l'origine géographique d'un cowboy rien qu'en regardant son chapeau.


Le Cattleman

Le Cattleman est le style le plus classique et le plus répandu. Sa couronne porte trois plis : un creux central sur le dessus (le center crease) et deux pincements latéraux. Le bord est généralement relevé sur les côtés. Ce style s'est imposé chez les éleveurs (cattlemen) dans les années 1920 et demeure le choix le plus intemporel.


Le Gus

Nommé d'après le personnage de Gus McCrae dans la série télévisée Lonesome Dove (1989), ce style se distingue par sa couronne haute avec une pente prononcée vers l'avant, un creux central profond et un pincement frontal marqué. Son bord est plus large et plus spectaculairement incurvé que celui du Cattleman. Populaire dans les États du Nord (Montana, Canada), la couronne haute piège l'air chaud et offre une bonne isolation par temps froid.


Le style Buckaroo du Nevada

Directement inspiré des vaqueros espagnols, ce style caractéristique du Nevada et du Grand Bassin présente un bord large et plat, rappelant les proportions du sombrero ancestral. Il témoigne de la persistance de l'héritage hispanique dans certaines régions de l'Ouest.


Le West Texas

À l'inverse, le style du West Texas privilégie un bord plus court, adapté aux vents violents qui balaient les plaines texanes.


Le Montana Peak

Le style Montana (ou Montana Peak) se caractérise par une couronne très haute pouvant atteindre 6,5 pouces (environ 16,5 cm), avec les mêmes trois plis que le Cattleman mais dans des proportions beaucoup plus dramatiques. Popularisé par la star du cinéma muet Tom Mix dans les années 1910 et 1920, c'est ce style qui donnera naissance au fameux « chapeau dix gallons ».


Le Stetson aujourd'hui : héritage et renouveau

L'histoire de la John B. Stetson Company connut des turbulences après la mort de son fondateur. L'usine de Philadelphie, qui avait été la plus grande fabrique de chapeaux au monde, cessa la production de chapeaux en 1970 et ferma définitivement ses portes l'année suivante, après que la mode de porter des chapeaux eut fortement décliné dans les années 1950 et 1960. Après une faillite en 1986, les droits de fabrication furent acquis par Hatco, Inc., qui transféra la production d'abord à St. Joseph, dans le Missouri (usine fermée en 2004), puis à Garland, au Texas, où elle se poursuit aujourd'hui. C'est dans cette même usine que sont également produits les chapeaux Resistol et Charlie 1 Horse.


Malgré ces vicissitudes, le nom Stetson demeure synonyme de chapeau de cowboy à travers le monde. De nombreux artisans chapeliers indépendants perpétuent également la tradition, façonnant à la main des chapeaux sur mesure dans des ateliers disséminés à travers tout l'Ouest américain.


Le chapeau de cowboy a également transcendé ses origines utilitaires pour devenir un symbole politique et culturel. Des présidents comme Harry Truman et Lyndon B. Johnson l'utilisèrent pour cultiver une image rustique et authentiquement américaine. Aujourd'hui, il est porté aussi bien par les cowboys de ranch que par les cavaliers de rodéo, les artistes country, les amateurs de western fashion et tous ceux qui, à travers le monde, s'identifient à l'esprit de la culture western.


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