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L'âge d'or des cowgirls (1890–1929) — La scène leur appartient

L'âge d'or des cowgirls (1890–1929):
La scène leur appartient

Entre 1890 et 1929, pendant quarante ans, des femmes rivalisent avec les hommes dans les arènes américaines et canadiennes à égalité de compétition, de danger et de prestige. Elles montent des broncs, laçent des steers, font de la voltige à pleine vitesse. Elles voyagent à Londres, Sydney et Calgary. Elles gagnent des championnats du monde.


Ce n'est pas une anomalie. C'est une réalité structurelle du rodéo de l'époque — avant qu'une décision institutionnelle ne vienne y mettre fin.



Les Wild West Shows : la première scène professionnelle

C'est dans les grands spectacles itinérants que les femmes trouvent d'abord leur place professionnelle. Les Wild West Shows — Buffalo Bill's Wild West, le 101 Ranch Wild West Show, le Congress of Rough Riders and Ropers de Zach Mulhall — ne sont pas des rodéos au sens compétitif, mais ils structurent le vivier : ils forment les cavalières, les font voyager, leur donnent une audience nationale et internationale.


Annie Oakley (1860–1926) est la figure qui ouvre cette porte. Elle n'est pas une cowgirl — elle est une tireuse d'élite — mais sa présence dans le show de Buffalo Bill pendant seize ans (1885–1901) impose l'évidence : une femme peut être la vedette d'un spectacle western, sur ses propres mérites, devant des millions de spectateurs.



Lucille Mulhall, ou l'invention d'un mot

Lucille Mulhall (21 octobre 1885 – 21 décembre 1940) est née à St. Louis, Missouri. Elle grandit sur le ranch oklahoman de son père Zach Mulhall — plus de 80 000 acres (environ 32 000 ha). À sept ans, son père lui promet qu'elle peut garder tous les veaux qu'elle réussit à prendre au lasso et à marquer elle-même. Il regrette rapidement son offre : Lucille marque plus de vingt steers.


Le 4 juillet 1900, lors d'un « Cowboy Tournament » à Oklahoma City, Theodore Roosevelt — alors en campagne pour la vice-présidence — la voit concourir. Il est impressionné.


Quatre ans plus tard, Lucille est la vedette du Congress of Rough Riders and Ropers à la World's Fair de St. Louis (1904) — où un jeune lanceur de lasso nommé « Cherokee Kid » fait ses débuts : Will Rogers. En mars 1905, elle participe au défilé inaugural du président Roosevelt nouvellement élu.


En 1905, à sa première apparition à Madison Square Garden (New York), les journalistes new-yorkais cherchent leurs mots. Ils essaient « Female Conqueror of Beef and Horn », « Lassoer in Lingerie », « Cowboy Girl ». L'un d'eux finit par écrire « cowgirl ». Le mot s'impose.


Will Rogers écrira plus tard, dans une colonne publiée dans plusieurs journaux après la mort de Zach Mulhall (1931) : « Lucille Mulhall was the first cowgirl. » Roosevelt la décrit comme « la meilleure cavalière du monde ». Elle meurt le 21 décembre 1940, à 55 ans, dans un accident de voiture près de son ranch. Son palmarès complet sera développé dans la série dédiée au rodéo.



Fannie Sperry Steele et le cheval qui avait tué un homme

Fannie Sperry Steele (27 mars 1887 – 11 février 1983) naît dans la Prickly Pear Valley, Montana. Elle apprend à monter avant de savoir lire.


En septembre 1912, elle est invitée à concourir au premier Calgary Stampede (Calgary, Alberta) parmi six femmes sélectionnées. Avant le tirage des chevaux, un bronc nommé Red Wing a tué d'un coup de sabot le cavalier Joe LaMar dans le couloir de préparation. Fannie tire le numéro de Red Wing. Elle monte. Son ride est unanimement salué comme l'un des meilleurs jamais réalisés par un homme ou une femme dans l'histoire du bronc riding. Bertha Blancett finit troisième de ce même concours.


Ce qui distingue Fannie Sperry Steele est aussi ce qu'elle refuse : elle ne monte jamais avec les étriers hobblés — pratique habituellement imposée aux femmes pour faciliter la tenue. Elle considère que cela prive le cheval d'une chance loyale. Ce refus compte dans l'histoire qui suit. Elle meurt le 11 février 1983, à 95 ans. Sa carrière complète est développée dans la série dédiée au rodéo.



Bertha Kaepernik Blancett et la règle qui changea

Bertha Kaepernik Blancett (née en 1883 à Cleveland, Ohio), cowgirl du Colorado, entre dans l'histoire dès 1904 : ce jour-là, sous une pluie battante qui avait fait renoncer les cowboys, elle devient la première femme à monter un bronc au Cheyenne Frontier Days (Cheyenne, Wyoming). Son exhibition dans la boue force l'admiration — et ouvre l'épreuve aux femmes.


Elle remporte ensuite le championnat de bronc riding du Pendleton Round-Up (Pendleton, Oregon) en 1911, 1912 et 1914. Mais c'est un autre exploit qui pèse le plus lourd. En 1914, à Pendleton, Bertha Blancett termine à quatre points seulement du titre d'All-Around — le championnat absolu, toutes épreuves confondues, disputé contre les hommes. Alarmé à l'idée qu'une femme puisse remporter le titre suprême, le comité modifia aussitôt son règlement : désormais, une cowgirl pourrait finir deuxième, mais seul un cowboy pourrait être sacré champion du monde All-Around.


C'est la première fois qu'une institution du rodéo change ses règles pour empêcher une femme de gagner. Quinze ans avant la mort de Bonnie McCarroll et la naissance de la Rodeo Association of America, le mécanisme de l'exclusion était déjà à l'œuvre. Cet épisode annonce l'article La grande exclusion — L'affaire McCarroll et ses suites.



La génération des reines

Elles sont nombreuses à définir l'âge d'or. Trois méritent d'être nommées précisément.


Mabel Strickland (1896–1976), née à Walla Walla, Washington, est l'une des compétitrices les plus polyvalentes de l'époque : bronc riding, steer roping, trick riding, relay racing. Elle parcourt le circuit américain pendant plus de vingt ans et est l'une des rares à avoir décroché des titres à Cheyenne, Pendleton et Madison Square Garden. Elle fait de la voltige sur son cheval arabe blanc, franchissant notamment des automobiles à pleine vitesse. Son palmarès complet est développé dans la série dédiée au rodéo.


Tad Lucas (1er septembre 1902 – 23 février 1990), née Barbara Inez Barnes à Cody, Nebraska, cadette de 24 enfants, devient professionnelle en 1922. En 1924, elle part en voyage de noces à Londres avec son mari Buck Lucas — ils concourent tous les deux au rodéo de Tex Austin à Wembley Stadium, portant le circuit western jusqu'en Angleterre. Elle domine ensuite les grandes arènes américaines pendant deux décennies, gagnant davantage que la plupart des cowboys professionnels de son époque. Son palmarès complet est développé dans la série dédiée au rodéo.


Fox Hastings (née Eloise Fox, 1898–1948, à Galt, Californie) se spécialise dans le steer wrestling (bulldogging) — l'épreuve consistant à sauter d'un cheval au galop et à terrasser un steer à mains nues. C'est une discipline réservée aux hommes dans la quasi-totalité des rodéos. Elle l'apprend de son mari, le bulldogger professionnel Mike Hastings, et la pratique quand même. En 1924, au Houston Stock Show (Houston, Texas), elle devient la première femme à disputer le bulldogging dans un grand rodéo, terrassant son steer en dix-sept secondes. Cowgirl la plus célèbre de la discipline dans les années 1920 et 1930, elle fut intronisée au National Rodeo Hall of Fame (Oklahoma City, Oklahoma) en 1987.



Ce que cette époque signifie

Ces femmes ne sont pas des attractions de curiosité. Elles concourent dans les mêmes arènes que les hommes, tirent les mêmes numéros au sort, s'exposent aux mêmes chutes. Elles voyagent à Londres, Sydney, Winnipeg, Chicago. Elles cousent leurs propres costumes dans les trains entre deux rodéos. Certaines, comme Tad Lucas, gagnent davantage que la plupart des cowboys professionnels.


En 1918, lors du premier rodéo en salle de l'histoire au Cowtown Coliseum (Fort Worth, Texas), les femmes concourent aux côtés des hommes dès l'inauguration. Entre 1920 et 1928, un tiers de tous les rodéos américains comprennent des épreuves féminines compétitives.


Puis, en 1929, tout bascule.


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