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La grande exclusion — L'affaire McCarroll et ses suites (1929–1948)

La grande exclusion:
L'affaire McCarroll et ses suites (1929–1948)

Le 19 septembre 1929 marque une rupture dans l'histoire du rodéo féminin. Mais comprendre ce qui s'est passé ce jour-là — et pourquoi les conséquences en ont été si durables — exige de regarder à la fois l'événement et le contexte dans lequel il est survenu.



Bonnie McCarroll — Une carrière au sommet

Bonnie McCarroll, née Mary Ellen Treadwell, voit le jour en 1897 près d'Ola dans l'Idaho. Elle monte à dix ans. À treize ans, en 1910, elle entre dans son premier rodéo, à Vancouver, Washington. En 1915, elle épouse Frank McCarroll, bulldogger professionnel.


Ensemble, ils parcourent le circuit pendant quinze ans. Elle compte parmi les meilleures saddle bronc riders de sa génération — au Pendleton Round-Up, à Madison Square Garden, à Cheyenne et à Londres. Son palmarès complet est développé dans la série dédiée au rodéo.


L'été 1929 devait être son dernier sur le circuit. Elle et Frank avaient décidé de prendre leur retraite après le Pendleton Round-Up et de rentrer chez eux à Boise dans l'Idaho.



Le 19 septembre 1929 — et l'ironie des étriers

Ce jour-là, Bonnie McCarroll tire le numéro du bronc Black Cat. Ce qu'il faut savoir : le comité du Pendleton Round-Up impose aux femmes de monter avec les étriers hobblés — c'est-à-dire attachés ensemble sous le ventre du cheval pour plus de stabilité. Bonnie McCarroll, comme Fannie Sperry Steele avant elle, s'y opposait catégoriquement. Sa propre formule est restée dans les archives : « I'd feel insulted if I was told to tie my stirrups down. »


Ce jour-là, Pendleton l'y contraint.


Black Cat part en avant, trébuche, et effectue un somersault complet (un saut périlleux par-dessus l'encolure). Dans la chute, le pied gauche de Bonnie reste pris dans l'étrier encore hobblé sous le ventre du cheval. Black Cat se relève et continue à bucker le temps que son pied se libère — la tête de Bonnie heurte le sol à chaque saut. La témoin oculaire Reba Perry Blakely, présente dans l'arène, décrit six bonds consécutifs pendant lesquels Bonnie reste suspendue, inconsciente. Son mari Frank se précipite dès qu'elle tombe. Elle est transportée à l'hôpital dans un état critique.


Elle meurt le 29 septembre 1929, onze jours plus tard, des suites d'une blessure à la colonne vertébrale aggravée d'une pneumonie. Elle avait 32 ans.


La mesure censée la protéger avait contribué à sa mort.



La réponse institutionnelle — La RAA

La même année 1929, les producteurs et managers du circuit occidental constituent la Rodeo Association of America (RAA), une organisation visant à standardiser les règles, établir un système de points et encadrer les prize money. Dès sa création, la RAA ne sanctionne aucune épreuve féminine. Aucune.


La RAA ne couvre que le circuit occidental — les rodéos de l'Est, organisés par le Colonel W. T. Johnson, continuent d'inclure des épreuves féminines, notamment à Madison Square Garden. Mais le signal est donné. Les rodéos occidentaux, un à un, abandonnent les épreuves féminines de rough stock.



Marie Gibson, 1933

En 1933, à Idaho Falls, Idaho, une cowgirl nommée Marie Gibson est tuée lors d'un rodéo. Elle vient d'effectuer une monte réussie quand le pickup man s'approche pour la récupérer. Les deux chevaux s'entrechoquent, sa monture tombe sur elle, lui fracturant le crâne. Elle avait 39 ans. Une précision mérite d'être notée : comme pour Bonnie McCarroll quatre ans plus tôt, ses étriers hobblés l'empêchèrent de se dégager lors de la chute. La presse exploite le drame comme argument supplémentaire contre la compétition féminine sur rough stock.


Marie Gibson était née en 1894 au Manitoba, d'une famille d'origine belge, et avait construit l'essentiel de sa carrière dans le Montana et sur les grands circuits américains. Elle est aujourd'hui reconnue par le National Rodeo Hall of Fame (2006) et le National Cowgirl Museum and Hall of Fame (2011).



Les forces profondes

Réduire l'exclusion à la mort de Bonnie McCarroll serait inexact. L'historienne du rodéo Gail Woerner, auteure de six ouvrages sur le sujet, l'affirme clairement : « Women already had been killed riding broncs as early as 1915 » — des femmes étaient mortes en bronc riding avant 1929, sans que cela entraîne d'exclusion. Ce qui change en 1929, c'est la convergence d'un événement traumatisant avec un contexte qui le rend exploitable.


L'exclusion institutionnelle n'était d'ailleurs pas sans précédent. Dès 1914, le comité du Pendleton Round-Up avait modifié son règlement pour qu'une femme — en l'occurrence Bertha Kaepernik Blancett, passée à quatre points du titre — ne puisse jamais remporter le championnat All-Around (un épisode raconté dans l'article L'âge d'or des cowgirls). La RAA de 1929 n'a fait qu'ériger en système une logique déjà éprouvée.


Le réalisateur Steve Wursta, auteur du documentaire From Cheyenne to Pendleton: The Rise and Fall of the Rodeo Cowgirl (2010), cite les forces sociales et économiques à l'œuvre dès le début des années 1930 : « People were saying, "we're in a depression, and we don't need it rubbed in our faces that women are better than men." »


En résumé, trois forces convergent :


La Grande Dépression réduit les budgets des spectacles. Les producteurs cherchent à couper des postes, et les épreuves féminines — qui nécessitent des participantes payées, des chevaux supplémentaires, des juges formés — sont les premières cibles.


Le malaise social face aux femmes athlètes : les foules urbaines des années 1930 sont moins à l'aise avec le spectacle de femmes surpassant des hommes dans des épreuves de force et de risque.


La logique de substitution : les ranch girls et les sponsor girls — jolies accompagnatrices sans compétition — sont moins chères, plus dociles et servent à vendre des billets. Elles préfigurent les reines de rodéo.



1936 et les années 1940 — Le verrou se ferme

En 1936, les cowboys boycottent le rodéo du Boston Garden (Boston, Massachusetts) pour réclamer de meilleures prize money et forment le Cowboys Turtle Association (CTA) — ancêtre de l'actuelle Professional Rodeo Cowboys Association (PRCA). Lorsqu'ils s'organisent, les femmes n'y sont pas incluses.


Dans les années qui suivent, au début des années 1940, la compagnie Flying A Rodeo de Gene Autry reprend les rodéos du Colonel Johnson et relègue les femmes aux exhibitions de pageant et aux rôles de ranch girls. Madison Square Garden accueille son dernier concours de bronc riding féminin en 1941.


C'est de cette compétition entre ranch girls se relayant autour de barils dans l'arène que naîtra, de façon paradoxale, le barrel racing — la discipline qui deviendra le cœur de la reconquête féminine professionnelle à partir de 1948.



Le résultat

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont été pratiquement chassées des arènes professionnelles américaines. Les quelques-unes qui continuent à concourir le font dans des circuits locaux, des rodéos all-girl marginaux, ou dans les rares événements qui leur restent ouverts.


Ce qu'elles font ensuite est fondateur.


En février 1948, trente-huit d'entre elles se réunissent dans un hôtel du Texas pour créer leur propre organisation. Sans l'exclusion de 1929–1948, il n'y aurait pas eu de Women's Professional Rodeo Association (WPRA). L'histoire de cette reconquête fait l'objet de l'article La reconquête — De la GRA à l'arène moderne.


Mais avant cela, une autre histoire — celle des femmes que le récit officiel a effacées deux fois plutôt qu'une.


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