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Les cattle queens — Pionnières des grandes plaines

Les cattle queens:
Pionnières des grandes plaines

Entre 1865 et 1895, l'Ouest américain est dominé par l'économie du bétail. Des millions de têtes traversent les grandes pistes — le Chisholm Trail, le Western Trail, le Goodnight-Loving Trail — pour rejoindre les marchés du Kansas, du Colorado et du Wyoming. C'est un monde de cowboys, de trail bosses et de marchands de bétail, presque exclusivement masculin dans son image. Pas dans sa réalité.


Plusieurs femmes ont possédé, géré et conduit des troupeaux à cette époque — pas en marge de ce monde, mais en son cœur même. Quatre d'entre elles méritent d'être nommées.



Margaret Borland, la seule

Margaret Heffernan Borland (3 avril 1824 – 5 juillet 1873) est à ce jour la seule femme connue dans l'histoire des États-Unis à avoir dirigé elle-même un cattle drive.


Née en Irlande, arrivée au Texas enfant avec sa famille lors des colonisations empresariales, elle fut veuve à trois reprises — d'Harrison Dunbar, de Milton Hardy, d'Alexander Borland — et à chaque fois elle conserva le contrôle de ses biens. Après la mort de son troisième mari en 1867, une épidémie de fièvre jaune emporta plusieurs de ses enfants la même année. Elle se releva, continua à acheter et vendre du bétail, et porta son troupeau à plus de 10 000 têtes en quelques années.


Au printemps 1873, dans un marché texan saturé après le pic de production de 1871 — qui avait vu plus de 700 000 têtes converger vers les railheads du Kansas (les gares terminales d'où le bétail partait par train vers les abattoirs de l'Est) — les prix locaux s'effondraient à 8 dollars la tête (environ 215 dollars en 2026) contre 23,80 dollars à Wichita, Kansas (environ 640 dollars en 2026). Margaret Borland prit sa décision : elle serait elle-même le trail boss. Elle quitta Victoria, Texas, avec environ 2 500 têtes de bétail, deux fils adolescents, une fille de sept ans, une petite-fille encore plus jeune et quelques drovers engagés.


Deux mois de piste. Deux mois de traversée de l'Indian Territory, de rivières à franchir et de nuits à la belle étoile.


Elle atteignit Wichita le 4 juin 1873. Le Wichita Beacon nota son arrivée et salua sa « vivacité et ses aptitudes commerciales bien supérieures à celles de beaucoup de trail drivers masculins ». Elle mourut un mois plus tard, le 5 juillet 1873, d'une fièvre contractée sur la piste, avant d'avoir vendu son bétail. Elle avait 49 ans. Son corps fut rapatrié au Texas et inhumé au cimetière Evergreen de Victoria.



Lizzie Johnson Williams, la pionnière de la marque

Lizzie Johnson Williams (9 mai 1840 – 1924) est considérée comme la première femme au Texas à conduire son propre troupeau sur le Chisholm Trail sous sa propre marque.


Née dans le Missouri, arrivée au Texas enfant, elle devint enseignante, puis tint les livres de comptes de plusieurs grands éleveurs d'Austin — George Littlefield, Charles Whitis — observant de près comment se construisaient les fortunes du bétail. Le 1er juin 1871, elle enregistra sa marque (CY) sous le nom d'Elizabeth Johnson — célibataire, en son propre nom. Deux jours plus tard, elle achetait ses premières terres.


Lorsqu'elle épousa Hezekiah G. Williams le 8 juin 1879, elle imposa un contrat prénuptial garantissant la séparation totale de ses biens — rendue possible par la loi texane de 1840 sur les biens des femmes mariées, héritière de la tradition juridique hispanique mais constituant désormais un droit texan autonome. Socialement, la démarche restait peu commune. Elle conduisit plusieurs fois ses troupeaux jusqu'aux marchés du Kansas, en parallèle et séparément de son mari. La presse nota à plusieurs reprises la singularité de la chose.


À sa mort en 1924, elle laissait près d'un quart de million de dollars (environ 4,7 millions de dollars en 2026), des terres dans cinq comtés du Texas, et la réputation méritée d'une femme qui n'avait jamais laissé personne gérer ses affaires à sa place.



Henrietta King, l'architecte d'un empire

Henrietta King (1832–1925) n'a pas conduit de troupeaux sur les pistes. Elle a fait quelque chose d'encore plus rare : elle a construit un empire foncier et pastoral que son mari avait commencé, et elle l'a agrandi considérablement après sa mort.


Quand Richard King décéda en 1885, le King Ranch couvrait environ 600 000 acres (environ 243 000 ha) dans le sud du Texas. Henrietta en prit la direction avec son gendre, l'avocat Robert Kleberg. Sous leur gestion commune — et avec Henrietta comme autorité finale sur les décisions stratégiques — le ranch grandit pour atteindre 1,17 million d'acres en 1925 (environ 474 000 ha), soit plus du double de sa superficie à la mort de Richard King. Elle finança la construction d'églises, d'écoles et de lignes de chemin de fer dans la région de Corpus Christi au Texas. Elle vécut jusqu'en 1925, à l'âge de 92 ans, ayant traversé à la fois l'ère des longhorns et celle des premières automobiles.


Le King Ranch est développé plus en détail dans la série Des vaqueros aux arènes modernes.



Ann Bassett, la résistante

Ann Bassett (1878–1956) appartient à une autre époque et à une autre logique que les cattle queens des trails. Elle est la fille de la frontière, née en 1878 dans le Brown's Park — région à cheval sur le Colorado, l'Utah et le Wyoming, alors connue comme un passage de l'Outlaw Trail. Elle grandit en côtoyant Butch Cassidy et les membres du Wild Bunch, qui utilisaient le ranch familial comme refuge.


Ce qui fit d'elle une figure historique n'est pas tant ce qu'elle possédait, mais ce qu'elle refusa de céder. Lorsque le puissant éleveur Ora Haley entreprit d'éliminer les petits propriétaires de la région en y faisant paître ses propres troupeaux sur des terres disputées et en finançant le tueur à gages Tom Horn — qui assassina son présumé fiancé Matt Rash en 1900 — Ann Bassett lança une guerre personnelle. Elle fit dériver des milliers de têtes de bétail Two Bar hors de la région. Traduite deux fois en justice pour cattle rustling, elle fut acquittée les deux fois.


Elle mourut à Leeds, Utah, le 9 mai 1956, laissant des mémoires publiés dans le Colorado Magazine. Jamais condamnée. Jamais vaincue.



Le ressort juridique — veuvage et séparation de biens

Un fil discret relie ces trajectoires : le droit. Dans un pays où la common law de la coverture effaçait l'existence juridique de la femme mariée — incapable de posséder, de contracter ou d'ester en justice en son nom propre — deux brèches seulement permettaient à certaines de tenir les rênes.


La première était le veuvage : à la mort de son mari, la femme recouvrait sa pleine capacité juridique. Margaret Borland, veuve à trois reprises, en est l'illustration la plus nette ; Henrietta King bâtit son empire depuis ce même statut. La seconde était le contrat de séparation de biens, héritier lointain du régime de communauté matrimoniale que le Texas avait conservé de la tradition hispanique : c'est lui que Lizzie Johnson Williams imposa à son futur époux en 1879.


Ce que la loi n'accordait pas d'office, ces femmes durent l'arracher — par le deuil ou par le contrat — puis le défendre, souvent seules, devant des tribunaux d'hommes. Le cadre juridique hispanique qui rendait tout cela plus simple au sud du Rio Grande fait l'objet de l'article Les vaqueras — Femmes du rancho hispano-mexicain.



Ce que ces quatre femmes représentent

Elles n'ont pas les mêmes histoires, ni le même type de pouvoir. Margaret Borland est une survivante qui prend elle-même les rênes face à l'urgence économique. Lizzie Johnson Williams est une investisseuse méthodique qui a planifié son indépendance depuis le début. Henrietta King est une gestionnaire d'empire qui refuse d'être réduite au veuvage. Ann Bassett est une combattante qui choisit la résistance là où d'autres auraient plié.


Ce qu'elles partagent est plus profond : elles ont exercé une autorité économique et territoriale dans un monde qui ne leur était pas destiné, et elles l'ont fait au grand jour. Margaret Borland, Lizzie Johnson Williams et Henrietta King figurent dans les archives du Texas Trail of Fame et de la Texas State Historical Association. Ann Bassett est, elle, entrée dans l'histoire du Colorado à travers ses mémoires et les archives du Museum of Northwest Colorado (Craig, Colorado).



La génération suivante allait trouver une autre scène — les arènes du rodéo.


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