
Le retour du cheval:
Un continent retrouve son animal
Pour comprendre ce qui s'est passé quand les Espagnols ont débarqué en Amérique avec leurs chevaux, il faut d'abord remonter très loin, plus de cinquante millions d'années en arrière. C'est ici, sur ce continent, que le cheval a pris naissance.
L'Amérique du Nord, berceau du cheval
Le premier équidé connu porte un nom qui dit tout de sa modestie : Eohippus, le « cheval de l'aube ». Découvert dans les couches éocènes du bassin de la Wind River au Wyoming, cet ancêtre ne mesurait pas plus de trente centimètres au garrot. Animal forestier, digitigrade, il avait encore quatre doigts aux membres antérieurs et trois aux postérieurs. Rien, dans sa silhouette trapue, n'annonçait le Quarter Horse ou le pur-sang.
Et pourtant, c'est de lui que tout descend.
Pendant des dizaines de millions d'années, les équidés évoluent exclusivement sur le sol nord-américain. Le climat se transforme, les forêts reculent, les grandes prairies s'étendent, et le cheval s'adapte. Ses membres s'allongent, ses doigts se réduisent, ses dents se renforcent pour broyer les graminées. Il grandit, il s'accélère. Le genre Equus (l'ancêtre direct du cheval moderne) apparaît il y a environ quatre millions d'années, toujours en Amérique du Nord.
C'est depuis ce berceau que le cheval conquiert le monde. Il y a deux à trois millions d'années, des populations franchissent le pont terrestre de Béring vers l'Asie, puis se répandent en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. C'est là, sur les steppes eurasiennes, qu'Equus caballus sera domestiqué (les plus anciennes traces débattues sont celles de la culture de Botai, en Asie centrale, vers 3500 avant notre ère, mais la lignée dont descendent toutes les races actuelles n'apparaît qu'ensuite, dans les steppes du Bas-Volga-Don, vers 2200 avant notre ère) et qu'il deviendra l'animal qui transformera l'histoire humaine.
La grande disparition
Puis vient le silence. Il y a environ 10 000 ans, à la fin du Pléistocène, une vague d'extinctions massives balaye l'Amérique du Nord. Le mammouth, le paresseux géant, le lion américain, le cheval : tous disparaissent. Les scientifiques débattent encore des causes exactes : changement climatique brutal, fragmentation des habitats, pression de chasse exercée par les premiers humains arrivés sur le continent, ou, le plus vraisemblablement, une combinaison de ces facteurs. Ce qui est certain, c'est le résultat : pour la première fois depuis des dizaines de millions d'années, le continent qui avait inventé le cheval n'en possédait plus aucun.
Pendant dix mille ans, les grandes prairies nord-américaines sont parcourues par les bisons, mais plus par les sabots d'Equus. Les peuples qui s'y établissent, s'y organisent, s'y épanouissent n'ont aucune mémoire vivante de cet animal.
Le retour : 1493, 1519
Tout change en 1493. Christophe Colomb, lors de son second voyage
