
Les origines de la botte western:
Deux héritages, une même terre
Avant que le mot « cowboy » n'existe, il y avait le vaquero. Des cavaliers hispanophones menaient déjà le bétail à travers la Nouvelle-Espagne (territoire englobant le Mexique actuel et une partie du Texas) dès le XVIe siècle. Le mot lui-même dérive de vaca (« vache »), associé au suffixe -ero désignant un métier.
Selon la Texas State Historical Association, les éleveurs anglophones arrivés au Texas furent profondément influencés par les institutions d'élevage espagnoles qu'ils trouvèrent à leur arrivée. Si bien que dès les années 1870, la selle, les chaps, le bandana, le sombrero, le lasso et les éperons du vaquero étaient si répandus qu'ils avaient perdu leur identité hispanique pour devenir simplement « texans ».
Il faut aussi rappeler que les vaqueros n'étaient pas un groupe ethniquement uniforme. D'après le Bullock Texas State History Museum, la plupart d'entre eux étaient métis (d'ascendance amérindienne et espagnole), amérindiens, afro-américains, mulâtres ou criollos (Espagnols nés en Amérique du Nord) : des travailleurs largement indépendants qui possédaient leurs propres chevaux, selles et lassos.
Deux territoires, une même tradition : du Texas à la Californie
La tradition du vaquero ne s'est pas développée uniquement à la frontière texane. Dès 1769, une chaîne de missions franciscaines s'étend de San Diego à San Francisco, donnant naissance à l'élevage bovin en Californie. Sur les ranchos qui leur succèdent après la sécularisation des missions dans les années 1830, ce sont en grande partie des vaqueros amérindiens (contraints au travail forcé par le système des missions, faute d'autre main-d'œuvre disponible sur place) qui deviennent les cavaliers les plus réputés de la région. Cette réalité, documentée par les services des parcs californiens et les archives universitaires de l'État, rappelle que la maîtrise équestre qui fascine aujourd'hui trouve aussi ses racines dans un système de travail contraint, qu'il convient de ne pas occulter.
Cette branche californienne développe son propre vocabulaire et ses propres outils, la jaquima (hackamore), la bosal, les mors en argent, et donne naissance à un dérivé linguistique distinct : le mot anglais buckaroo, déformation directe de « vaquero », encore utilisé aujourd'hui dans l'Ouest américain en parallèle du mot « cowboy ».
Des bottes espagnoles aux botas mexicaines
Certaines sources avancent que des cavaliers mexicains du XVIe siècle impliqués dans la guerre des Chichimèques (pour la plupart des vaqueros) portaient déjà des bottes dites « de cavalier ». Au XVIIIe siècle, beaucoup de cavaliers mexicains adoptaient plutôt les teguas, des chaussures plates sans talon d'origine indigène, complétées par des polainas (jambières de cuir ou de tissu) pour protéger les mollets. Au siècle suivant apparut la bota de ala (« botte ailée »), une botte basse dont les bords du col s'évasaient sur les côtés. Elle se complétait d'une jambière ornementale, la bota de campana, dont les plus prestigieuses, fabriquées à Guadalajara, étaient doublées d'or, d'argent ou de soie. Ces pièces mexicaines font l'objet d'un développement dans l'article Styles régionaux.
L'autre héritage : la botte militaire européenne
Le second fil de cette histoire vient d'Europe. La botte Wellington tire son nom d'Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington, qui demanda vers 1817 à son bottier londonien, George Hoby de St James's Street, de retravailler la botte hessoise : chaussure d'apparat des cavaliers aristocratiques, ornée de glands. Hoby en supprima les fioritures, ajusta le cuir de veau au plus près de la jambe et l'arrêta à mi-mollet, sur un talon empilé d'environ 1 pouce (2,5 cm). Porté par le vainqueur de Waterloo (1815), le modèle connut une vogue immense : plus sobre et plus rapide à produire que la hessoise, il se retrouva rapidement aux pieds d'innombrables soldats à travers l'Europe puis l'Amérique.
C'est la guerre de Sécession (1861-1865) qui propulsa massivement ce modèle aux États-Unis : la botte Wellington (à talon court et bout carré, portée par la cavalerie et les artilleurs) devint, avec la botte hessoise et la botte de vaquero mexicaine, l'une des trois influences directes dont naîtra la botte cowboy. Trois traditions, un seul objet.
Quand deux mondes se rencontrent au Texas
À la sortie de la guerre, des milliers de vétérans (nordistes comme sudistes) migrèrent vers l'Ouest, où l'industrie du bétail explosait. Entre 1866 et 1890, les grandes transhumances de bovins du Texas vers les gares ferroviaires du Kansas poussèrent les cowboys à demander aux cordonniers des bottes plus fines, à talons plus hauts, au bout plus arrondi et à la cambrure plus robuste que celles alors disponibles.
L'exemple le mieux documenté de cette rencontre entre la tradition hispanique et la tradition anglo-américaine reste le King Ranch, fondé par Richard King en 1853 dans le sud du Texas, avec les vaqueros mexicains, les Kineños, recrutés dès 1854 pour faire fonctionner le domaine : leur histoire est développée dans la série Les racines western — Des vaqueros aux arènes modernes. C'est dans ce type d'exploitation, où cavaliers mexicains et éleveurs texans travaillent côte à côte, que l'équipement du vaquero (bottes comprises) s'impose progressivement comme la base sur laquelle naîtra, dans les décennies suivantes, la botte cowboy proprement dite.
Sources
• Texas State Historical Association — « Vaquero » : https://www.tshaonline.org/handbook/entries/vaquero
• Texas State Historical Association — « King Ranch » : https://www.tshaonline.org/handbook/entries/king-ranch
• Bullock Texas State History Museum — « Vaqueros » : https://www.thestoryoftexas.com/campfire-stories/vaqueros/
• Texas Monthly — « Texas Is the State of the Cowboy Boot. But the History Is More Complicated Than You Think. » : https://www.texasmonthly.com/being-texan/texas-is-the-state-of-the-cowboy-boot-but-the-history-is-more-complicated-than-you-think/
• Texas Monthly — « All the King's Men » : https://www.texasmonthly.com/travel/all-the-kings-men-3/
• Texas Historical Commission — « The King of Ranches » : https://thc.texas.gov/blog/king-ranches
• Calisphere (University of California) — « 1821-1847: Missions, Ranchos, and the Mexican War for Independence » : https://calisphere.org/exhibitions/essay/3/missions-ranchos/
• California State Parks — « ELP and ESP Station Handout: Vaquero » : https://www.parks.ca.gov/pages/485/files/14.%20Vaquero.pdf
• American Cowboy — « The History of the Vaquero » : https://americancowboy.com/cowboys-archive/history-vaquero/
• Heddels — « Horses to Hollywood to High Fashion: The History of the Cowboy Boot » : https://www.heddels.com/2019/04/horses-hollywood-high-fashion-history-cowboy-boot/
• Zócalo Public Square — « Cowboy Boots Were Made for Everyone » : https://www.zocalopublicsquare.org/cowboy-boots-were-made-for-everyone/
• Authentic Texas — « King of the Open Range » (voyage à Cruillas, Tamaulipas, en 1854) : https://authentictexas.com/king-of-the-open-range/
• English Heritage — « The Invention of the Wellington Boot » (duc de Wellington, bottier George Hoby, vers 1817) : https://www.english-heritage.org.uk/visit/places/walmer-castle-and-gardens/history-and-stories/invention-wellington-boot/
• Fashion History Timeline (Fashion Institute of Technology, New York) — « Wellington boot » : https://fashionhistory.fitnyc.edu/wellington-boot/
• Wikipédia — « Cowboy boot » : https://en.wikipedia.org/wiki/Cowboy_boot
• Wikipédia — « King Ranch » (date précise du voyage de recrutement, début 1854) : https://fr.wikipedia.org/wiki/King_Ranch
