La monte en amazone
Quand les femmes montaient de côté
Regardez une gravure ancienne : une femme à cheval, en robe longue, les deux jambes du même côté de la selle. L'image évoque aussitôt une idée toute faite, celle d'une cavalière empêchée, assise là par convenance, tenue à distance de la vraie équitation par les codes d'une époque qui lui interdisait d'écarter les jambes.
Cette idée n'est pas fausse. Elle est simplement passée à côté de l'essentiel.
Car cette femme assise de côté a peut-être suivi la chasse à courre au grand galop, franchi des haies et des barrières, tenu en selle des heures durant sur un terrain que bien des cavaliers d'aujourd'hui n'oseraient pas. L'amazone n'est pas l'histoire de femmes que l'on a empêchées de monter. C'est l'histoire de femmes qui, sous la contrainte, ont inventé l'une des formes de monte les plus exigeantes et les plus audacieuses que l'équitation ait connues.
Il a fallu des siècles pour cela. Une position d'abord passive : la cavalière n'était qu'une passagère, son cheval mené en main par un serviteur. Puis un pommeau, un deuxième, un troisième ; à chaque étape, un peu plus de contrôle, un peu plus de vitesse, un peu plus de liberté arrachée à la selle elle-même. Jusqu'à ce qu'une cavalière puisse enfin sauter : de côté, en robe, sans se rompre le cou. Ce n'était plus une posture. C'était un art.
Cet art a connu son âge d'or, puis il a failli disparaître. Et c'est ici que l'Ouest américain entre en scène. Car pendant que l'Europe portait l'amazone à son sommet, les femmes des ranchs se heurtaient à une contradiction que le terrain rendait intenable : on attendait d'elles qu'elles montent « comme il faut », de côté, mais le travail du bétail, les distances, la dureté du pays exigeaient tout autre chose. Alors, discrètement d'abord, puis ouvertement, elles ont jeté l'amazone. Elles ont fendu leurs jupes, enfourché leur cheval à califourchon, et transformé un simple choix de selle en acte de liberté.
L'amazone aurait pu s'éteindre là, reléguée aux vitrines des musées. Elle a survécu. Aujourd'hui, des femmes parfaitement libres de monter comme elles l'entendent choisissent de remonter de côté, non par contrainte, mais par goût de la beauté et du défi. Ce qui fut un carcan est devenu un choix.
C'est ce chemin que cette série vous propose de suivre, de la planchette médiévale aux arènes d'aujourd'hui, du pommeau qui libère à la jupe qui se fend : l'histoire d'une équitation née d'une contrainte, et qui a fini par la vaincre.


