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Almería 2026 : soixante ans après Sergio Leone, le western écrit une nouvelle histoire

Photo du rédacteur: Cowboy Ricky
Cowboy Ricky
17 oct.
8 min de lecture

À Tabernas, dans le sud de l’Espagne, le palmarès du 16e Almería Western Film Festival raconte bien davantage qu’une compétition de cinéma. En récompensant East of Wall et Rebuilding, le festival rappelle que le western peut regarder son passé en face sans cesser de parler du monde contemporain.

 


 

Un palmarès qui donne le ton

 

Le 11 octobre 2026, au Teatro de Tabernas, les organisateurs de l’Almería Western Film Festival ont annoncé les distinctions de leur seizième édition. Le prix du meilleur long-métrage western est revenu à *East of Wall*, premier long-métrage de l’Américaine Kate Beecroft. Le prix spécial du jury du meilleur long-métrage néo-western a distingué *Rebuilding*, de Max Walker-Silverman, également américain. La manifestation s’est déroulée du 8 au 12 octobre, avec une dernière journée consacrée notamment à la projection d’œuvres primées. Les deux dates ne doivent pas être confondues : le palmarès a été annoncé le 11, tandis que le festival s’est achevé le 12.

 

Ce résultat a une portée qui dépasse le cercle des cinéphiles. Le western a longtemps été associé à un répertoire d’images immédiatement reconnaissables : un cavalier isolé, une rue poussiéreuse, un conflit de territoire, la silhouette d’un homme face à l’horizon. À Almería, le genre conserve sa mémoire, mais les films distingués témoignent d’une autre manière de raconter les paysages et ceux qui y vivent. Les jurys n’ont pas choisi deux reconstitutions nostalgiques de l’Ouest mythique. Ils ont mis en avant deux regards contemporains, où l’espace rural ne sert pas seulement de décor.

 

Il faut cependant éviter une conclusion trop rapide : deux récompenses ne suffisent pas à démontrer que tout le cinéma western a changé de direction. Elles constituent plutôt un indice concret de ce que le festival souhaite mettre en lumière. Et cet indice mérite d’être examiné.

 

 

 

East of Wall : l’Ouest raconté depuis ses marges

 

Réalisé par Kate Beecroft, *East of Wall* a reçu la principale récompense de la compétition western. L’interprète Tabatha Zimiga a également été distinguée par le prix de la meilleure actrice. Le festival souligne un fait remarquable : pour la deuxième année consécutive, le prix du meilleur long-métrage western revient à un film réalisé par une femme. En 2025, *Eastern Western*, signé Biliana et Marina Grozdanova, avait été récompensé.

 

La portée de cette continuité ne se résume pas à une statistique. Pendant des décennies, le western a souvent confié le centre du récit aux figures masculines du cow-boy, du hors-la-loi ou du représentant de la loi. Cela n’a jamais empêché les femmes d’y jouer des rôles importants, à l’écran comme derrière la caméra. Mais les œuvres reconnues aujourd’hui invitent à déplacer le point de vue, à observer les liens familiaux, les contraintes matérielles et les formes de résistance quotidiennes qui composent aussi la vie de l’Ouest.

 

Le titre *East of Wall* n’a pas besoin d’être présenté comme le manifeste de toute une génération pour être significatif. Sa récompense rappelle simplement que le genre peut accueillir des récits ancrés dans des existences ordinaires. Le western n’est pas défini uniquement par l’époque de son intrigue ou par la présence d’un revolver. Il peut aussi tenir à une géographie, à un rapport à la terre, à l’indépendance revendiquée et aux difficultés concrètes de la préserver.

 

Le jury a ainsi envoyé un signal lisible : la force du western contemporain réside peut-être moins dans la répétition de ses codes que dans la capacité à leur donner une nouvelle fonction. Un vaste paysage peut toujours évoquer la liberté ; il peut aussi révéler la précarité de ceux qui tentent d’y construire leur vie. Ce déplacement du regard n’efface pas l’héritage classique. Il le rend plus complexe.

 

 

 

Rebuilding : pourquoi le néo-western compte

 

Avec *Rebuilding*, Max Walker-Silverman a obtenu le prix spécial du jury consacré au meilleur long-métrage néo-western. La distinction mérite une attention particulière, car le terme « néo-western » est souvent employé sans explication. Il désigne généralement des œuvres qui reprennent certaines préoccupations du western — territoire, communauté, isolement, justice, transmission — en les situant dans un cadre contemporain ou en renouvelant leur traitement.

 

Ce cinéma ne demande pas au spectateur de reconnaître immédiatement une diligence ou un saloon. Il l’invite à se demander ce que signifie habiter un territoire, perdre ses repères ou reconstruire un lien avec les autres. Dans cette perspective, le paysage n’est pas un simple panorama photogénique : il peut devenir une présence dramatique et sociale. La distinction attribuée à *Rebuilding* confirme que le festival ne réduit pas son identité aux formes historiques du genre.

 

Il serait néanmoins trompeur d’opposer frontalement western classique et néo-western. Les grands films du passé s’interrogeaient déjà sur la violence, l’appartenance, la loi et la disparition d’un monde. Ce qui change est moins la liste des questions que la manière de les poser et les personnes à qui l’on donne la parole. Le western reste vivant précisément parce qu’il n’a jamais été un bloc immobile.

 

La présence simultanée d’*East of Wall* et de *Rebuilding* au sommet du palmarès révèle donc une complémentarité. D’un côté, un film distingué dans la compétition western ; de l’autre, une œuvre récompensée pour sa contribution au néo-western. Plutôt qu’un duel entre deux écoles, Almería propose un dialogue entre plusieurs manières de raconter l’Ouest.

 

 

 

Tabernas, un territoire qui fait partie du récit

 

Ce dialogue prend une résonance particulière à Tabernas, dans la province d’Almería. Les paysages arides du sud-est espagnol ont contribué à façonner l’imaginaire du western à l’écran. Le territoire est associé à de nombreux tournages européens, notamment aux films de Sergio Leone, dont *Le Bon, la Brute et le Truand*, sorti en 1966. En 2026, le festival a inscrit à son programme des activités liées au soixantième anniversaire de ce film.

 

L’anniversaire invite à distinguer deux histoires qui se croisent sans se confondre. La première est celle d’un cinéma populaire, spectaculaire, qui a transformé les paysages espagnols en territoires de fiction. La seconde est celle d’une région réelle, avec ses habitants, ses métiers, ses lieux de tournage et son patrimoine culturel. Pour les visiteurs, les décors de MiniHollywood Oasys et de Fort Bravo Texas Hollywood entretiennent ce lien visible entre l’industrie du cinéma et la mémoire locale.

 

Ce patrimoine ne se limite pas à une carte postale. Les tournages ont laissé des traces matérielles et économiques, tandis que les images produites à Almería ont circulé dans le monde entier. Un spectateur américain peut reconnaître un paysage qui évoque l’Ouest sans savoir qu’il se trouve en Andalousie. Cette géographie paradoxale fait partie de l’histoire du western européen : raconter l’Amérique à partir d’autres territoires, avec d’autres équipes, d’autres sensibilités et parfois d’autres préoccupations.

 

En choisissant Tabernas comme lieu de rencontre entre cinéastes contemporains, historiens, professionnels et public, le festival transforme cet héritage en ressource culturelle active. Il ne s’agit pas seulement de célébrer un âge d’or disparu. Il s’agit de comprendre comment un langage cinématographique né de plusieurs traditions peut continuer à évoluer.

 

 

 

Une programmation plus internationale qu’un simple hommage

 

La sélection 2026 montre que cette ambition dépasse les deux films primés. D’après le programme officiel, la compétition internationale de longs-métrages réunissait sept œuvres issues notamment des États-Unis, d’Espagne, d’Italie, d’Argentine et du Brésil. Parmi elles figuraient *Gatillero*, du réalisateur argentin Christian Tapia Marchiori ; *Oeste outra vez*, du Brésilien Erico Rassi ; *Día de caza*, de l’Espagnol Pedro Aguilera ; et *Testa o Croce? (Heads or Tails?)*, d’Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis.

 

Le palmarès reflète cette diversité. *This Bloody Country* a obtenu le prix du public du meilleur long-métrage. Sergio Podeley a été récompensé comme meilleur acteur pour *Gatillero*, qui a aussi reçu le prix Carlo Simi pour sa contribution technico-artistique, attribué à Martín Sapia. Ces distinctions rappellent que la vitalité du genre ne se mesure pas uniquement à ses deux titres les plus commentés.

 

Les courts-métrages ont également bénéficié d’une place identifiable : le prix du meilleur court-métrage de la section officielle a été attribué ex æquo à *Ovest*, de Stevie Cavalier, et *Ser un hombre*, de Lucas Parra. *Misiones, 1757*, de Leonel Benítez, a été récompensé dans la section internationale des écoles de cinéma. Le prix du public du court-métrage est revenu à *Terra Bruta*, d’Allan Riggs et Guilherme Suman. Ces formats plus courts constituent souvent un terrain d’expérimentation essentiel pour les nouveaux auteurs.

 

Autre signe d’ouverture : la nouvelle section Tesoros encontrados (« Trésors retrouvés ») accueillait des films à la frontière du documentaire, de l’observation ethnographique et de la recherche formelle. Les œuvres annoncées venaient notamment de Colombie et du Brésil, du Portugal et du Chili. La programmation comprenait aussi le documentaire britannique *Westerns, a Fistful of Women*, de Karen Nixon, présenté lors de la dernière journée du festival. Il serait réducteur d’y voir une simple diversification géographique : ces propositions élargissent les façons mêmes de définir ce qu’un western peut être.

 

 

 

La mémoire du cinéma, sans musée figé

 

La seizième édition comportait aussi plusieurs hommages. Le producteur, réalisateur et scénariste Gerardo Herrero a reçu le prix « Desierto de Tabernas », en reconnaissance de son parcours et de ses liens avec les paysages cinématographiques d’Almería. Le programme annonçait également des distinctions honorifiques pour Rada Rassimov, Alessio Rigo de Righi et Enrique Cerezo, ainsi qu’un hommage posthume à Eli Wallach, figure associée au cinéma de Sergio Leone.

 

Ces reconnaissances remplissent une fonction particulière. Elles relient les générations de professionnels et rappellent qu’un genre ne se transmet pas uniquement par ses œuvres célèbres. Il vit aussi grâce aux producteurs qui financent des projets, aux interprètes qui incarnent des personnages mémorables, aux techniciens qui façonnent des décors et aux festivals qui donnent une visibilité à des films plus fragiles.

 

L’enjeu pour Almería est de maintenir cet équilibre. Trop de nostalgie réduirait le western à ses icônes. Une rupture artificielle avec le passé priverait les nouveaux films d’une part de leur richesse. Le programme 2026 suggère une autre voie : faire dialoguer les références historiques avec les récits qui cherchent aujourd’hui de nouvelles formes.

 

 

 

Ce que cette édition dit de l’avenir du western

 

Un festival n’est ni un baromètre parfait du marché mondial ni une preuve que le public se détourne des westerns traditionnels. Il offre toutefois une fenêtre précieuse sur les œuvres que des programmateurs, des jurys et des spectateurs jugent dignes d’attention. À Tabernas, cette fenêtre donne sur un cinéma pluriel : des films américains et européens, des propositions sud-américaines, des documentaires, des courts-métrages et des récits qui déplacent les frontières du genre.

 

Le plus intéressant est peut-être que cette diversité n’exige pas d’abandonner les fondements du western. Le rapport à la terre, les tensions entre liberté individuelle et vie collective, le poids de l’histoire, l’injustice et la recherche d’une place dans le monde demeurent des questions profondément western. Ce qui évolue, c’est la manière de les incarner, les voix qui les portent et les réalités auxquelles elles se confrontent.

 

Soixante ans après *Le Bon, la Brute et le Truand*, le désert de Tabernas reste donc un lieu de cinéma. Mais le sens de cette permanence a changé. Les paysages qui accueillaient autrefois la fabrication d’un Ouest mythique deviennent aussi le cadre d’une conversation internationale sur ses nouvelles représentations.

 

Les prix remis à *East of Wall* et *Rebuilding* ne referment pas le débat : ils l’ouvrent. Et c’est sans doute le signe le plus encourageant pour les amateurs de western. Un genre qui continue à discuter de ses frontières est un genre qui a encore des histoires à raconter.

 

 

 

 

 

Sources et crédits

 

• Almería Western Film Festival, « East of Wall y Rebuilding se alzan con los principales premios », communiqué officiel, 11 octobre 2026 : https://www.almeriawesternfilmfestival.es/east-of-wall-y-rebuilding-se-alzan-con-los-principales-premios-de-la-16-edicion-de-almeria-western-film-festival/

 

• Almería Western Film Festival, bilan officiel de clôture, 12 octobre 2026 : https://www.almeriawesternfilmfestival.es/almeria-western-film-festival-cierra-su-16-edicion-tras-cinco-jornadas-que-han-convertido-tabernas-en-epicentro-del-cine-del-oeste/

 

• Almería Western Film Festival, présentation du programme, 18 septembre 2026 : https://www.almeriawesternfilmfestival.es/almeria-western-film-festival-presenta-la-programacion-de-su-16-edicion-del-8-al-12-de-octubre/

 

• Diario de Almería, compte rendu du palmarès, 12 octobre 2026 : https://www.diariodealmeria.es/ocio/east-of-wall-rebuilding-triunfan_0_2008217966.html

 

• Canal Sur, compte rendu des récompenses, 13 octobre 2026 : https://www.canalsur.es/noticias/andalucia/cultura/east-of-wall-rebuilding-alzan_1_1443316.html

 

Illustration : aucune image intégrée. Toute photographie éventuelle doit faire l’objet d’une vérification de licence et d’un crédit avant publication.

 

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