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Johnny Reid ouvre In Retrospect : quand la country canadienne regarde en arrière pour avancer

Photo du rédacteur: Cowboy Ricky
Cowboy Ricky
30 sept.
5 min de lecture

*Le 28 septembre 2026, Johnny Reid a annoncé un nouvel album et une tournée intimiste construits autour des chansons qui ont façonné son parcours. Avec In Retrospect, attendu le 13 novembre, l’artiste canadien ne cherche pas à refaire le passé à l’identique : il relit seize classiques venus de la country, de la soul, du rock et de la pop à travers une voix devenue familière au public canadien. Le projet dit aussi quelque chose d’essentiel sur la country actuelle : ses racines ne vivent pas dans un seul genre, mais dans un dialogue permanent entre traditions.*

 

 

 

Un projet qui n’était pas censé devenir un album

 

Au départ, In Retrospect devait rester une série de rencontres musicales partagées en ligne. Depuis le printemps, Johnny Reid publie des interprétations de chansons qui l’ont accompagné au fil des années, avec de courts récits sur leur place dans sa mémoire et sa formation musicale.

 

Selon l’annonce officielle publiée le 28 septembre, la réaction du public a changé l’échelle du projet. Ce qui devait être une exploration personnelle est devenu un album de seize titres, puis une tournée de théâtres dans l’Ouest canadien au début de 2027.

 

Cette évolution est intéressante parce qu’elle ne repose pas sur une mécanique de « greatest hits ». Reid ne revisite pas son propre catalogue : il retourne vers les chansons des autres. Il choisit celles qui ont contribué à construire son oreille, sa manière de raconter et cette voix rauque où se croisent country, soul et pop.

 

Le disque a été produit par Brent Maher, lauréat d’un Grammy Award, et enregistré avec des musiciens de Nashville au Soultrain Sound Studios. La présence de Nashville est logique, mais le répertoire montre immédiatement que In Retrospect refuse de rester dans une seule case.

 

 

 

De « Tulsa Time » à « Me and Bobby McGee »

 

La liste des titres ressemble presque à une carte des routes qui ont nourri la musique populaire nord-américaine et britannique : « Tulsa Time », « Me and Bobby McGee », « Always on My Mind », « Have You Ever Seen the Rain », « Into the Mystic », « House of the Rising Sun », « I Heard It Through the Grapevine », « (Sittin’ On) The Dock of the Bay » ou encore « Green Green Grass of Home ».

 

Certaines de ces chansons appartiennent directement à l’imaginaire country. D’autres viennent de la soul, du rock, du rhythm and blues ou de la pop. Mais leurs frontières sont moins étanches qu’on ne le croit.

 

« Me and Bobby McGee », écrit par Kris Kristofferson et Fred Foster, est un exemple évident de cette circulation. « Tulsa Time » porte quant à elle l’empreinte d’un country groove immédiatement reconnaissable. « Always on My Mind » est devenue indissociable de Willie Nelson pour une grande partie du public country, même si son histoire dépasse largement cette seule version.

 

Reid place aussi « Sundown » dans le programme, un choix particulièrement parlant au Canada. La chanson de Gordon Lightfoot rappelle que le récit country et folk canadien possède sa propre généalogie, capable d’influencer des générations bien au-delà des frontières du pays.

 

L’intérêt de l’album sera donc moins de savoir si Johnny Reid peut « reproduire » ces classiques que d’entendre ce qu’il décide d’en conserver : une mélodie, un phrasé, une émotion, un espace pour la voix — et ce qu’il transforme.

 

 

 

Une histoire canadienne avec Nashville dans le rétroviseur

 

Johnny Reid occupe une position particulière dans la musique canadienne. Né en Écosse puis établi au Canada, il a bâti une carrière qui emprunte autant à la country qu’à la soul et à la pop adulte. Cette identité hybride explique sans doute pourquoi un projet comme In Retrospect lui correspond mieux qu’un album hommage limité à un seul répertoire.

 

Le projet rappelle aussi que la country canadienne n’est pas une copie périphérique de Nashville. Elle dialogue avec Nashville, bien sûr, mais elle se nourrit également des traditions régionales canadiennes, du folk, des musiques celtiques, de la scène roots et d’un rapport très fort au récit.

 

La présence de la violoniste néo-écossaise Natalie MacMaster sur « Green Green Grass of Home » renforce cette dimension. Reid invite également la chanteuse américaine Katie Kadan sur « If You Don’t Know Me By Now » et Ava Reid sur « I Can’t Help Falling in Love With You ».

 

Ce mélange de références américaines, britanniques et canadiennes raconte peut-être mieux son parcours qu’une étiquette de genre.

 

 

 

Le retour du format théâtre

 

L’autre information importante de l’annonce est la tournée In Retrospect. Plutôt que de construire une série de grands spectacles d’aréna, Reid a choisi des salles plus intimes dans l’Ouest canadien.

 

La tournée commencera le 19 février 2027 à Vernon, en Colombie-Britannique, avant de passer notamment par Kelowna, Trail, Cranbrook, Fort Saskatchewan, Camrose, Lloydminster, Red Deer, Prince Albert, North Battleford et Brandon. Le site officiel de l’artiste indique une mise en vente publique des billets le 2 octobre 2026, après une prévente destinée à son fan-club.

 

Ce choix du théâtre correspond bien à la nature du projet. Une chanson réinterprétée gagne souvent à être entendue de près. L’attention se déplace de la production spectaculaire vers la voix, les arrangements et l’histoire racontée avant ou entre les morceaux.

 

Selon l’annonce, les concerts seront répartis en deux sets et ne se limiteront pas au nouvel album : quelques chansons du propre catalogue de Reid seront également intégrées au spectacle.

 

Cela devrait empêcher In Retrospect de devenir un simple exercice de nostalgie. Le dialogue entre les chansons qui l’ont influencé et celles qu’il a ensuite écrites permettra au public d’entendre les filiations plutôt que de seulement les lire dans une biographie.

 

 

 

Regarder derrière soi sans transformer le passé en musée

 

Les albums de reprises peuvent facilement tomber dans deux pièges. Le premier consiste à reproduire des classiques avec tellement de respect qu’il ne reste presque plus rien à raconter. Le second est de les transformer à tout prix jusqu’à faire disparaître ce qui les rendait mémorables.

 

Le projet de Johnny Reid sera intéressant précisément à cet endroit : dans l’équilibre.

 

Les premières vidéos publiées au cours de l’année — parmi lesquelles « Tulsa Time », « The Rose », « Have You Ever Seen the Rain », « Me and Bobby McGee » et « Green Green Grass of Home » — montrent que In Retrospect a été pensé comme une conversation avec le répertoire, pas comme un concours de modernisation.

 

Cette démarche correspond aussi à un mouvement plus large dans les musiques roots et country. Alors que les plateformes poussent constamment vers la nouveauté, de nombreux artistes continuent de rappeler que la tradition n’est pas immobile. Une chanson peut traverser les décennies parce que chaque génération la reçoit avec une histoire différente.

 

Dans la culture western, cette logique est familière. Les gestes, les vêtements, les disciplines équestres et la musique vivent précisément parce qu’ils sont transmis, adaptés et pratiqués — pas parce qu’ils sont enfermés dans une vitrine.

 

 

 

Pourquoi In Retrospect mérite notre attention

 

Pour Western United Spirit, l’intérêt de cette sortie dépasse donc le nom de Johnny Reid.

 

L’album rassemble plusieurs branches de l’arbre musical qui accompagne la culture western : country, folk, soul, rock et songwriting narratif. Il rappelle aussi le rôle du Canada dans cette histoire et la manière dont ses artistes circulent entre leurs propres racines et Nashville sans devoir choisir l’une contre l’autre.

 

Il faudra attendre le 13 novembre pour juger l’ensemble des seize nouvelles interprétations. Mais l’idée du projet est déjà claire : comprendre d’où vient une voix pour mieux entendre où elle va.

 

Et c’est probablement la meilleure définition de In Retrospect. Ce n’est pas seulement un regard en arrière. C’est un artiste qui ouvre son carnet d’influences et invite le public à parcourir avec lui les chansons qui ont laissé des traces.

 

Sources

 

 

 

 

 

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